Toiles 100% bio

Toiles 100% bio

par Henri Guette

Quand Robert Magnier tend en guise de carte de visite une carte postale d’un de ses tableaux, on ne peut s’empêcher d’y voir un clin d’œil. Clin d’œil au monde de l’art qu’il approche très respectueusement mais aussi à la façon dont il a appris à peindre, d’après carte postale. Il a alors tout juste vingt ans et, pour raison de santé, a dû interrompre son service militaire. À l’hôpital, le temps passe lentement et l’infirmière qui cherche à occuper ses patients ne se doute pas qu’en lui tendant des pinceaux elle lui fournit un modèle pour la vie. Plus encore qu’un moyen de s’évader, ces modestes images imprimées lui apprennent à regarder autrement. La patience avec laquelle il développe sa technique ne le quittera jamais; volontaire, il étudie par lui-même la composition, les couleurs, et peut se targuer à raison d’un parcours d’autodidacte.

Toiles 100% bio - 1
Toiles 100% bio - 2
Toiles 100% bio - 3
Toiles 100% bio - 4
Toiles 100% bio - 5

En compagnie des hommes

Quand il faut trouver un métier, Robert Magnier entre en apprentissage auprès d’un photographe à Amiens. Il délaisse la peinture mais prend goût à la technique de la chambre noire, séance de pose après séance de pose. Les photos de classe et les photos de mariage se succèdent et le rendent sensible aux portraits. Artisan de l’image, il apprend à installer un sentiment de proximité, à développer une complicité avec les modèles; des qualités humaines précieuses qui lui permettent de devenir animateur socio-culturel auprès des hôpitaux de Berck-sur-Mer. Il rejoint ainsi sa femme sur la Côte d’Opale et tombe amoureux de cette ville de convalescence où il réside encore.

Au début des années 1990 quand ses missions d’animateur se réduisent et qu’il est confiné au rôle de passeur de jeux de société, il reprend la peinture. Pour lui, la toile devient un moyen de résister au quotidien, de sublimer la frustration de ne pouvoir «animer» le centre hospitalier au sens noble du terme, celui de donner une âme. Jamais très loin de l’art, la carrière officielle de Robert Magnier l’a amené à s’occuper des autres, à observer et à écouter. C’est parce qu’il a toujours cherché à approfondir la connaissance de l’être humain au travers de ses expressions artistiques mais aussi parce qu’il va souvent au musée que le sujet de ces toiles s’impose à lui: une série en hommage aux artistes modernes qui ont fait l’histoire. Il pense tout de suite à Dalí, Magritte et Picasso, mais bien d’autres suivent, et il ouvre très vite ses recherches à des artistes plus contemporains comme Nicolas de Staël ou Henry Moore.

Toiles 100% bio - 6
Toiles 100% bio - 7
Toiles 100% bio - 8
Toiles 100% bio - 9
Toiles 100% bio - 10
Toiles 100% bio - 11

Le pigment de la vie

Au XIXe siècle – et il suffit de regarder les fresques des Beaux-Arts de Paris pour s’en convaincre –, les peintres académiques n’hésitaient pas à représenter les artistes de la grande tradition en aréopage. Cette pratique édifiante entre toutes s’est perdue, mais Robert Magnier s’inscrit bien dans cette dimension savante de la peinture. Chacune de ses toiles s’accompagne d’un texte explicatif et aucun motif n’est laissé au hasard, comme cette gare dans le tableau consacré à Paul Delvaux qui est celle de Louvain-la-Neuve dont il a été chef de gare honoraire. Le peintre choisit ses anecdotes avec soin et fixe les images exemplaires d’artistes dont il rassemble dans le même cadre la vie et l’œuvre.

Robert Magnier imagine chaque peinture à la manière d’un petit musée, superposant les espaces et les temporalités. C’est une entreprise sérieuse de recherche puisque dans un tableau les références à d’autres tableaux sont multiples. On peut identifier sur la toile dédiée à Gauguin plusieurs périodes; on entre dans l’atelier, on découvre ses modèles, son environnement et même son style par le biais de pastiches exécutés avec cœur. C’est aussi une volonté de rendre l’histoire de l’art accessible à tous en revendiquant une dimension ludique. À chacun de reconnaître telle ou telle œuvre ou personnalité. Le rapport à la narration est amusé, presque distancié: c’est un panthéon sans l’austérité.

En 1996, Robert Magnier expose pour la première fois à l’occasion des festivités du jumelage entre Berck-sur-Mer et Bad Honnef en Allemagne. Depuis, presque chaque année, dans un pays ou dans l’autre, il est invité à montrer de nouvelles toiles. Reconnu pour son investissement dans la vie associative et culturelle de sa ville (il a été président de l’Office Municipal de la Culture), il propose régulièrement de mettre ses pinceaux à disposition. Sa grande œuvre, qui n’est encore qu’en projet, serait ainsi d’investir la chapelle de Cazin, pour l’instant fermée au public, et d’y proposer une Cène où douze peintres qui ont immortalisé le littoral berckois (et non des moindres, puisque Manet lui-même a fait le voyage) seraient rassemblés sur la plage. La liste est à peu près complète, établie d’après les collections du musée local; reste encore à régler la composition sous la charpente de Notre-Dame-des-Sables et à arranger les détails pratiques.

Toiles 100% bio - 14
Toiles 100% bio - 12
Toiles 100% bio - 13
Toiles 100% bio - 15