Siradan la boîte

Siradan la boîte

par Lucas Charrier

Clara, Famille d’accueil et Partir là-bas « J’avais 17 ans quand j’ai découvert les Kino en Normandie et ça fait quatre ans que j’en fais dans toute la France. Cette année, à Kino Pyrénéus, j’avais un projet sur une famille qui vit ici. Je me suis rendu compte seulement l’année dernière qu’ils étaient famille d’accueil et cela m’a donné envie de mettre ce métier et ses difficultés en lumière. Quand je suis arrivée, il se trouve que Nicolas, un autre kinoïte, avait eu la même idée. Alors, on a décidé de faire ça ensemble. On avait 40 minutes d’interview mais la règle du Kino c’est 5 minutes maximum. Donc, il a fallu réaliser un gros travail de montage pour sélectionner que ce qui nous touchait le plus. Et on avait peu de plans d’illustration parce qu’on ne pouvait pas filmer tous les enfants de face. Ça aussi, c’était un sacré challenge. Je suis contente qu’on aie pu faire du documentaire au Kino et que ce témoignage authentique ait pu trouver sa place. Mon deuxième film est l’exact opposé. C’est parti d’une blague. Clara, l’organisatrice, faisait une sieste pendant un de ses rares moments de pause. Comme elle n’avait pas de couverture, elle a mis ses pieds dans sa veste, ça m’a fait rire. Je lui ai dit : « On dirait une sirène. » Elle s’est mise à chanter la chanson de La Petite Sirène et comme on avait toutes les deux 30 minutes de libre, on a filé à la costumerie où Roxane nous a équipées, à condition de jouer aussi. On a trouvé quelqu’un pour nous filmer toutes les trois déguisées en sirènes, lancé la chanson en playback et, en 10 minutes, l’affaire était pliée. Ce genre de bêtises, on les appelle des « quickly », des films improvisés dans les sessions Kino. En général, ça dure moins d’une minute, ça passe entre deux projets, c’est complètement à l’arrache et souvent en rapport avec la vie des Kino. Ce sont des petits clins d’œil. Comme le Kiné Périnéus, dans lequel on m’a demandé de jouer. C’est partie d’un lapsus et ça s’est terminé en un sketch d’une minute qu’on a filmé en très peu de temps. »

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Marc, La Voie lactée « Ça fait quatre ans que je participe à Kino Pyrénéus. Je voulais m’amuser autour du cinéma, trouver un endroit un peu ludique dans lequel on pouvait tester des choses. Cette année, on voulait réaliser un projet avec ma compagne sur notre fille et sur l’addiction au sein, à l’allaitement. Ça fait un an qu’on ne dort pas et ça nous amusait de parler d’un sujet sérieux à travers les yeux d’un bébé. C’était intense. On a pu filmer d’autres bébés, les parents étaient ravis de participer au projet. À notre grande surprise, le film a eu beaucoup de succès. On ne s’y attendait pas vraiment, on voulait juste faire un film pour nous, pour notre fille. Ça m’a rappelé que, même sans toute la technique du monde, tous les acteurs, la lumière et toute l’artillerie, on peut accéder à quelque chose de la magie du cinéma. Et ça me renvoie surtout à l’idée que ce qui est important finalement, c’est l’histoire, et si l’histoire est bonne, ça embarque. Revenir à cette simplicité, ne pas trop chercher à faire des trucs compliqués, et juste se concentrer sur l’écriture, c’est essentiel. Et une bonne écriture, ce sont aussi des accidents. Ce que je trouve intéressant et frustrant à la fois, avec Kino, c’est que, quand on a une bonne idée, on consomme beaucoup d’énergie pour lui donner vie et on ne la reprend pas de façon plus approfondie plus tard, pour lui donner une forme plus aboutie. On brûle un peu l’idée. Mais c’est génial de repartir avec un film fait en seulement trois jours. C’est un laboratoire qui donne accès à tous un tas de compétences. Il y a plein d’acteurs, par exemple. Tous ne sont pas professionnels, c’est sûr, mais c’est ce qui fait l’intérêt de ce moment de rencontres. Tout le monde s’aide, se rend disponible, et si les gens finissent sur les rotules à la fin, ce n’est pas parce qu’ils ont trop fait la fête, c’est parce qu’ils ont fait trop de films. »

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André, Elle a poussé là « Je m’appelle André Lamorte, j’ai 71 ans, je suis à la retraite. J’ai fait du dessin pendant vingt ans et je suis aussi comédien. Aujourd’hui, je continue mon activité artistique avec des chansons. J’ai découvert le Kino il y a plus de dix ans. J’en ai fait un peu partout, à Paris, Montréal, Ouagadougou. C’étaient des petites aventures à chaque fois. Au départ, j’étais seulement comédien, puis je me suis mis à faire des clips avec mes chansons. J’ai réussi à trouver des gens pour m’aider : chefs opérateurs, musiciens, ingénieurs du son qui m’accompagnaient sur place. Petit à petit, c’est devenu ma formule. Je vais à Siradan depuis trois ans. C’est moins urbain que les autres Kino. Il faut dire que c’est un peu au bout du monde. C’est un tout petit village, il n’y a pas de commerces, juste un café, donc c’est aussi ce qui nous soude, ça crée une ambiance. Et c’est vrai que, pour faire des westerns, le décor est très favorable. Pour le Moyen Âge, c’est pas mal aussi. Il n’y a pas tellement de poteaux électriques, de routes et de voitures. Cette année, j’avais aussi pensé à un clip. On avait prévu de faire des beaux enregistrements dans le studio d’un des kinoïtes, mais un autre tournage sur lequel je m’étais engagé a pris 2 heures de retard, ce qui nous a empêchés de faire ce qu’on avait prévu. Finalement, le bassiste a proposé qu’on se réunisse dans son camion et on s’est retrouvés à six, tard le soir, sans se connaître, à devoir créer un morceau ensemble dans l’urgence. J’ai eu la chance d’avoir de très bons interlocuteurs. Ce sont des petits miracles, quand même ! Et puis je ne sais plus comment et par qui c’est venu, mais on s’est tous mis à parler de faire un live. Tout le monde a trouvé ça évident. Il fallait notamment briefer l’acteur qui allait jouer mon personnage : un renard qui repense à son enfance dans la forêt. C’est devenu comme une tapisserie, en fond. On a travaillé à partir des dessins que j’avais faits pour trouver le ton, la qualité du personnage. Rien de tel que le dessin pour bien cerner ce qu’il faut faire ! On a répété dans l’après-midi devant un public imaginaire, et le soir, pendant le live, il a vraiment donné vie à cette petite saynète. Je visais un clip, on a fait tout autre chose, et c’était très bien comme ça. Donc souplesse, adaptation, bonne volonté, et, à la fin, tout le monde applaudit, enfants et adultes. C’est très joli ! » Luc, Temps de merde « Je suis en BTS audiovisuel, option montage et post-production, et je me pose encore la question de ce que je veux faire dans le cinéma. Le Kino est un endroit parfait pour expérimenter plein de choses. En première session, par exemple, j’ai pu tester un exercice de montage en utilisant les mêmes plans pour faire deux films différents. Ce qui m’a donné envie de refaire un film sur les trois derniers jours. Il pleuvait beaucoup et j’écoutais « The place where it rained », de Toby Fox. Ça m’a inspiré des images de lampadaires sous la pluie. J’en ai parlé à mon ami Félix, qui m’a proposé son aide, puis j’ai demandé à deux autres kinoïtes de nous accompagner. On s’est retrouvés jeudi soir, en pleine nuit, à faire des vues de Siradan, parapluies et caméra en main. Félix a fait des plans qui marchaient hyper bien pour cet objet poétique qu’on fabriquait. Les autres films faits au Kino sont plus narratifs, donc j’avais envie de prendre le contre-pied, en partant sur un principe plus minimaliste et expérimental. Et au montage, pour le générique, je me suis amusé à écrire des titres rigolos sur chaque plan, de plus en plus longs, qui s’adressaient aux spectateurs. Ce qui a bien fonctionné à la projection. C’est cette expérience de groupe qui est géniale. Le médium cinématographique, c’est juste un prétexte, d’après moi. C’est une excuse pour se retrouver, pour faire des choses ensemble et créer un vrai moment d’humanité partagé. »

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