Au pays de mon nez ou comment avoir du flair « Les trois premières histoires qui ont lancé la collection des livres à illustrer, et qui sont toujours disponibles et régulièrement rééditées, sont La Fée en colère, Mais où se cachent les monstres et les araignées quand ils ont peur ? et Que font les extraterrestres quand ils sont en vacances ?. Bizarrement, le concept de livres à illustrer n’existait pas, alors que cela semble évident aux gens qui les découvrent.
Je suis partie de l’idée des poésies que l’on illustrait, enfant. Dans ces livres, tout commence avec du texte et précisément avec la prose de Sandra Lanilis, qui écrit chaque histoire depuis le début et dont l’esprit et la plume font partie intégrante de l’identité de la collection. Maintenant, il s’agit de sortir de la notion de ‘livre pour enfants’, même si le ton de l’histoire l’y ramène… pourtant de manière irrévérencieuse et décalée.
Dessiner comme une patate, oui mais une pomme de terre amoureuse ‘Tout le monde sait dessiner.’ Cette formule est apparue quand j’ai ouvert la galerie supereditions en 2019, et elle figure maintenant sur le compte Instagram et sur le site. Cette phrase, j’y crois. C’est un bon moyen d’entrer dans la discussion. C’est un postulat qui agace, étonne, crée un peu de réticence. Les gens vont rétorquer : mais non, moi je ne sais pas dessiner. Et j’aime bien ça. Tout le monde sait dessiner mais tout le monde n’aime peut-être pas ses dessins – moi la première. C’est un langage commun, un geste qu’on partage tous, même si culturellement, il peut se vivre différemment. Avec ces livres, destinés à toute personne en âge de tenir un crayon, je pose les règles du jeu, je ne prends pas en charge un public (quand il est jeune en l’occurrence) et je n’apprends pas à faire du dessin, c’est très important. Je propose un outil qui est essentiellement narratif.
Le père de Noël et la mère de supereditions J’ai tenu à faire un objet de qualité dès le début. Le papier utilisé, la sélection des couleurs, le fait que le livre soit simple mais bien produit, ça induit tout de suite une relation différente. Les gens ne savent pas la plupart du temps qu’il est imprimé sur du beau papier, avec des tons directs, et ce sont des choix rigoureux depuis le début. Pourtant, combien de fois on m’a suggéré de faire moins cher… !
J’aime l’idée de mettre un outil professionnel, précieux presque, au service de tous et ça valorise la chose, le rapport qu’on a avec elle, le comportement qu’on adopte : on en prendra soin peut-être et on prendra le temps de le faire.
Le plein de super
par propos recueillis par Carine Soyer
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Abracacadabra !!
Je propose un outil qui permet à chacun d’y mettre ce dont il a envie, sans hiérarchie, sans jugement. Entre la virtuosité de quelqu’un dont le métier est de dessiner, le trait d’un enfant qui sera toujours très beau, et la sensibilité d’un adulte éloigné de la pratique mais qui prendra plaisir parce qu’il y a le soutien de l’histoire, du récit, c’est vraiment un catalyseur d’individualité. Un objet avec lequel tu interagis selon ta personnalité et qui raconte quelque chose de toi : comment chacun prend sa place dans une page, se reprend, se lance, hésite… L’anniversaire de la momie : scoop, ses bandelettes de papier étaient des livres Après dix ans d’activité et au moins 100 000 livres dispersés ‘dans la nature’, j’ai rassemblé une sorte de communauté dont je ne vois pas forcément les contours… Pour cela, j’ai développé plusieurs espaces de visibilité : hors des livres, j’ai lancé le ‘club supereditions’, une plateforme accessible depuis le site, qui invite chacun à partager ses illustrations; existe aussi le format des workshops-ateliers, qui permettent d’incarner la pratique, de rendre la chose plus palpable, vivante, et j’essaie d’en organiser régulièrement, dans les endroits où les livres sont vendus. Enfin, une formule d’abonnement sera disponible dès décembre, avec la possibilité de recevoir chez soi une histoire tous les deux mois, comme un vrai rendez-vous.





Le bal des zombies ou le festin des hommes bic Faire un banquet de dessin intergénérationnel, une table géante, j’en rêve ! J’aime la stimulation collective qu’apporte un atelier, dans un moment plus proche de la convivialité que de l’exercice appliqué. C’est un lieu d’échanges, de discussions aussi, qui allège le rapport au dessin et c’est beau de voir que des gens, freinés dans l’exécution, seront plus disposés et plus à l’aise dans ce cadre-là. Même dans un contexte familial, faire que le parent n’accompagne pas simplement l’enfant, mais produire ensemble, côte à côte, et que quelque chose se passe là aussi, dans cet endroit entre la spontanéité des plus petits intrigués par la gêne ou la fragilité de leurs aînés… Les oreilles de mon grand-père et le regard de mon père Pendant longtemps, je n’ai pas fait le lien conscientisé avec le travail artistique de mon père, avec, notamment, son projet NCDGQAD… c’est une filiation, c’est sûr, surtout quand j’ambitionne de montrer les rendus d’un même livre. C’est complètement lié et peut-être que j’essaie de réparer un truc économique qu’il n’est pas parvenu à installer, car mon père était champion du monde pour que ses projets lui coûtent de l’argent ! D’une certaine manière, j’exporte ces principes-là, que lui maintenait dans un cadre artistique, dans un format plus commercial et ludique. »