Il est une fois

Il est une fois

par Paul Rousteau

Mes parents m’ont inscrit dès le plus jeune âge dans une école Steiner-Waldorf[^1.Courant pédagogique fondé ]sur les conceptions éducatives de Rudolf Steiner (1861-1925). en Auvergne, située au milieu des bois. Nous étions proches de la nature, faisions de l’artisanat, du jardinage, de la poterie, du théâtre. Nos professeurs nous racontaient des légendes, des mythologies, des contes. Ces histoires étaient accompagnées d’une iconographie souvent colorée, joyeuse et ésotérique. Ils ne distribuaient aucune feuille polycopiée, nous n’avions pas de livre éducatif. Les cahiers étaient donc réalisés à la main, par les élèves, à partir des histoires racontées par les professeurs. Si je me souviens de ces histoires, c’est d’ailleurs grâce au temps que j’ai passé à les illustrer. Aujourd’hui, je pense que ces dessins développent et ancrent l’imaginaire de l’enfant. Dès l’âge de 7 ans et jusqu’à 14 ans, j’ai donc réalisé ces cahiers. Je les soignais, j’avais un souci d’harmonie et de mise en page. Malheureusement, malgré mes efforts, j’étais souvent mécontent et frustré du résultat. Je voulais qu’ils ressemblent à un polycopié !

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Adolescent, j’ai occulté tout cette iconographie. Mes amis et moi trouvions ces représentations naïves et infantilisantes, et nous préférions enfin regarder la télévision, dont nous avions été privés jusqu’alors. Un fois en école d’art, je n’ai pas pensé à explorer ce passé. Je voulais être moderne et conceptuel. Mais en réalité, je ne savais pas trop où j’allais, ni qui j’étais.

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Je me suis à nouveau intéressé à mon éducation Steiner-Waldorf quand je suis devenu père, il y a quelques années. Voir mes enfants grandir m’a replongé dans ma propre enfance. J’ai eu envie de la réinterpréter et de l’inclure à ma pratique artistique. Du coup, ma palette s’est éclaircie, mes sujets photographiques, empruntés à la photo amateur, sont devenus optimistes : une fleur, un oiseau, un coucher de soleil, un enfant qui rit. Redécouvrir ces choses simples à travers cet alphabet du bonheur fut aussi une réaction au pessimisme parisien, à un certain désenchantement, renforcé au fil du temps par la lecture assidue de l’oeuvre de Michel Houellebecq. Revenir à cette iconographie fut aussi et surtout un exercice personnel, afin d’envisager la vie et la création de façon positive. Aujourd’hui, j’utilise ces couleurs vives et radiantes car elles restituent bien les émotions que j’éprouve à la contemplation du monde.

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