Elle « bricole ». Hélène a cette manière de minimiser sa pratique, comme nombre d’amateurs. Et ce dont on s’aperçoit d’abord, c’est que la plupart des objets qu’elle fabrique et qui vivent avec elle, en famille, sont de taille modeste. Sans lieu dédié, encore moins d’atelier, elle fait avec l’espace qui est le sien. La machine à coudre, un de ses instruments du moment, trouve ainsi sa place dans la cuisine. Elle coud là où ça cuit et ça bout. De fil en aiguille, ce sur quoi elle travaille frémit de ses interrogations du moment, qui ont surtout à voir avec la marche du monde.
Hélène se questionne : « Je me suis toujours demandé pourquoi dans ma vie, il y a la philo d’un côté, les arts plastiques de l’autre, avec l’idée qu’il faudrait choisir. En fait, la philo permet de détricoter les fictions qui constituent notre monde ¬– la fiction de l’argent, des droits de l’homme, de l’homme par rapport à l’animal, etc. –, et l’art, en revanche, permet d’inventer ses propres fictions, avec une matérialité et un humour que j’aime assez. » Elle a donc appris à vivre entre les deux, avec les deux, pour les deux.
Entre les murs
par Carine Soyer
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En faisant, elle invente un monde tel qu’elle voudrait qu’il soit, et qui est souvent sa réponse au réel, à cette matière collante, implacable et pas si drôle.
Ses portraits qui tiennent conciliabule dans de grandes pochettes à dessin ? Le besoin d’une humanité bienveillante. Le visage a sa préférence, forme disponible et amicale, même si elle commença à composer de manière abstraite, en découvrant adolescente, avec son oncle, la peinture de Jean Fautrier. Un artiste hors système, qui chercha, par une autre figuration, une liberté nouvelle de peindre, portée par l’émotion primitive.
Hélène trouvera ensuite, avec la représentation du corps en trait ou en volume, sa manière de comprendre le monde et de s’en protéger.
Le corps ou partie, comme son bouquet de mains, faites d’une pâte utilisée au cinéma par des maquilleurs prothésistes, au rendu saisissant. Il est pour elle une idée de la démocratie, et elle l’aurait bien offert un jour à un parti politique pour symboliser l’entraide et le bulletin glissé dans l’urne.
Son paravent de slips brodés ? Sa manière de réagir au commentaire d’une conseillère de Pôle Emploi qui évoquait l’importance de savoir concocter un CV « sexy ».






Et il y a son Charles de Gaulle, genre de marionnette qui attend sa cagoule en laine mais les proportions sont un véritable casse-tête. « Je me suis mise au tricot après le latex mais il faut maîtriser la technique, ce qui n’est pas encore totalement mon cas et il faut surtout calculer et compter et je n’aime pas trop savoir… où je vais. » Savoir où aller. Hélène préfère découvrir, changer de médium, de chemin, troquer le Rotring pour le Posca et ne rien figer. Elle cherche, elle doute, parle de son admiration pour Louise Bourgeois, qu’elle retrouve aussi dans les travaux d’élèves qui envisagent un futur artistique, et qu’elle accompagne sur son temps libre lors de sessions données par le prof d’art du lycée.
Cette alliance discrète entre disciplines est sa manière à elle de relier ses sphères, publique et privée, d’unir ses espaces. Dehors et dedans se rejoignent : « Mon rêve serait de construire une cabane mammouth dans la rue avec mes élèves. Comme dans le poème Intervention de Michaux, qui met du chameau à Honfleur. Faire advenir un peu d’inattendu, d’incongru et de poésie dans la rue. Pour moi, la dimension politique de l’art est là, dans cette intrusion. Et je me dis que si tu donnes les moyens à n’importe qui de bricoler, même si c’est complètement utopique, peut-être ça ira mieux… ». En attendant un lendemain meilleur, elle a conçu la mitrailleuse à gifles, toujours d’après Michaux, une machine molle qui la fait rigoler, et nourrit pour Le Boxeur (portrait de l’artiste) de Pierre Bonnard, une affection particulière. Le corps bout, décidément.



