En détail et en gros

En détail et en gros

par Cédric Saint André Perrin

#### Une flopée de lunettes Chanel accrochée à la taille, un sac matelassé porté à même ses abdos gainés, Ian Schmitt se livre, à travers sa page Instagram, à des mises en scène sexy autant que funky de sa collection d’accessoires griffés. Amateur de culturisme et de bijoux fantaisie, le trentenaire se plaît à combiner ses deux passions. « J’ai découvert la mode adolescent en feuilletant les pages des magazines. Les sacs étaient hyper présents dans les pubs Dior ou Gucci des années 2000; on ne voyait même parfois que cela ! Le marché était alors en plein boom. Très vite, les accessoires se sont imposés à moi davantage que les vêtements. » Vers 13-14 ans, Ian Schmitt commence à arpenter les dépôts-ventes autour de chez sa mère, à Lausanne, en quête de perles rares. « La Suisse s’avère un puits sans fond pour les accessoires; c’est un pays de bourges blindés de fric grands consommateurs de produits de luxe. Mais il n’y a pas vraiment de culture du vintage là-bas… Moi j’ai toujours su acheter au bon moment, avec une longueur d’avance. Des pièces de John Galliano pour Dior vers 2010, par exemple, au moment où cela n’intéressait plus personne. On trouvait alors des sacs Saddle d’occasion à 50 euros. J’aime les truc tacky, les choses drôles, la fantaisie… J’opère par coups de coeur, mes achats ne se font jamais en fonction de la valeur des objets. » #### Son intérêt pour les sacs amène Ian Schmitt à suivre une formation en sellerie-maroquinerie. Métier qu’il exerce un temps chez Louis Vuitton et Hermès avant de devenir modéliste prototypiste chez Christian Dior. S’il poursuit aujourd’hui des missions en free-lance en ce domaine auprès de grandes maisons, il répond de plus en plus à des demandes de sourcing de pièces vintage rares. En 2017, le jeune homme inaugure sa page Instagram et d’emblée prend des poses cocasses et dénudées – dans les limites de la bienséance imposées par le moteur de recherche – affublé de sacs, foulards, bagues, ceintures et autres colifichets. « J’opère de façon assez spontanée, je me mets trois trucs sur le corps et hop, je fais une photo avec un minuteur ou aidé d’un ami qui passe à la maison. C’est très improvisé, je n’effectue aucun moodboard préparatoire. » Post après post, Ian Schmitt développe sa propre écriture visuelle. « Via Instagram j’ai cultivé trois types de publics. Les mecs qui me voient à poil et qui veulent me baiser – je reçois pas mal de photos de bites ! Les gens de la mode – les journalistes, les créateurs, les attachés de presse –, avec qui je partage un même humour. Et enfin, des dealeurs de vintage qui m’amènent un business lucratif. Je collabore ainsi avec What Goes Around Comes Around, un revendeur de produits de luxe en ligne qui possède des boutiques à New York et Beverly Hills. Ils ont très vite compris qu’au-delà l’ironie de mes mises en scène, je possédais vraiment les objets. » #### Dans son intérieur parisien ordonné, Ian Schmitt conserve méticuleusement rangés sous housse, enveloppés dans du papier de soie ou placés dans leurs écrins, bagues strassées Dior, foulards psychédéliques Emilio Pucci, sacs Fendi ou encore ceintures Versace frappées de l’emblématique Méduse. « Je ne porte jamais ces accessoires; je ne vais pas sortir Gare du Nord torse nu avec un mini Kelly ! Avant je mettais un peu des sacs, c’est de moins en moins le cas. J’ai, par contre, développé un aspect un peu geek propre aux collectionneurs : la satisfaction de trouver des modèles que je n’aime pas vraiment mais qui me manquaient absolument. »

En détail et en gros - 2
En détail et en gros - 3
En détail et en gros - 4
En détail et en gros - 5

En détail et en gros - 6
En détail et en gros - 7
En détail et en gros - 8
En détail et en gros - 9
En détail et en gros - 10
En détail et en gros - 11
En détail et en gros - 14
En détail et en gros - 12
En détail et en gros - 13
En détail et en gros - 15