Quand un ensemble de fils se croisent pour former un tissu « Je vis et travaille à São Paulo, la plus grande métropole du Brésil, où 63 tonnes de déchets textiles sont produites par jour par les fabricants de vêtements de la ville. C’est vertigineux. Poussé par des réflexions sur la durabilité, et face à l’inconfort que me procurait le système de la mode – la deuxième industrie la plus polluante après l’industrie pétrolière –, j'ai lancé en 2016 le collectif Trama Afetiva, axé sur la génération de solutions pour les déchets textiles grâce à la pratique de l'upcycling.
Derrière ce nom, il y a cette idée : l'affection n'est pas seulement de l'amour, mais vient du verbe ‘affecter’, soit impacter, provoquer un grand changement sur quelque chose ou quelqu'un. C'est ce que nous recherchons. Pour nous, la mode ne concerne plus les seuls vêtements mais les personnes, car aussi importants que les déchets textiles sont les corps exclus par l'industrie de la mode : personnes noires, indigènes, grosses, transgenres et handicapées, par exemple.
Trama Afetiva a commencé par organiser des ateliers avec des groupes multidisciplinaires intéressés par le recyclage et, pendant quatre ans, l’association a travaillé avec 50 personnes : étudiants, professeurs, designers, couturières, architectes et artistes graphiques, pour penser la mode sous la perspective du ‘faites avec les autres’ (DIWO) et du ‘faites pour les autres’ (DIFO), en abandonnant la vieille pensée du ‘faites-le vous-même’ (DIY), cette action purement individuelle, où ne priment pas le partage d’expérience et la prise de conscience plus large, outils d’éducation et de changement. Ce furent des années très enrichissantes, durant lesquelles nous avons développé le concept de ‘Mode comme Micropolitique’. Nous sommes progressivement devenus un festival multiculturel avec des expositions, des ateliers, des conférences, des spectacles, des lancements de livres et de films. Mais il manquait quelque chose où nous pourrions appliquer nos apprentissages : des vêtements avec un objectif.
Après la pluie
par Jackson Araujo
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En découdre avec une matière artificielle dérivée du pétrole Lors de ma première visite dans un entrepôt de matériaux pour le recyclage, j'ai été inspiré par la quantité de formes et de couleurs. Mais un objet a attiré mon attention : les parapluies, qui, de plus en plus fragiles, se cassent facilement et sont jetés. C'est là que j'ai décidé de créer ma première collection d'objets, baptisée Nailonteca [littéralement, nylon-thèque], une bibliothèque de nylons de parapluies cassés.
Ce désir inattendu de transformer les déchets en pièces de design a marqué le début de la Nailonteca qui, entre 2019 et 2020, a rassemblé environ 1 000 nylons de parapluies, préparant le terrain pour la ligne de vêtements et de sacs créée pendant la pandémie.
Aujourd'hui, la Nailonteca continue d'exister et est alimentée chaque mois par l'achat de 400 nylons des coopératives de collecteurs, qui vendent ce matériel à Trama Afetiva. Les tiges métalliques des parapluies sont vendues aux recycleurs de métal. Ainsi, le recyclage – et la renaissance – d'un parapluie est complet.
Le mélange des imprimés et des couleurs est une façon d'utiliser la plus grande quantité de nylons disponibles dans la Nailonteca. Il est impossible de reproduire le même patchwork : la création de la pièce se fait sur la table de coupe, où il est déterminé quel nylon s'adapte le mieux à chaque modèle.
Après les défilés, les pièces sont commercialisées dans une boutique spécialisée dans le nouveau design brésilien, dans des galeries et des espaces qui organisent des foires pour la commercialisation du design social et régénératif, comme la mode que nous pratiquons. Nous maintenons vivant ce réseau de collaboration entre designers, collecteurs et couturières, en organisant chaque mois le lancement de collections capsules via notre compte Instagram.






Proposer un modèle inclusif pour une mode exclusive En quatre ans de mode upcycling, nous avons directement impacté la durabilité financière de 300 personnes. Car il est important de le dire : la durabilité financière pour une personne vulnérable dans les périphéries de São Paulo signifie de la nourriture sur la table.
Il revient à notre styliste, Thais Losso, de trouver des femmes qui cousent à domicile, une manière de travailler qui s’est popularisée pendant la pandémie. Ce sont des mères qui n'ont personne pour garder leurs jeunes enfants ou qui habitent très loin des usines. En identifiant ce réseau de femmes, nous leur garantissons un travail depuis la maison.
Et c'est entre leurs mains que notre mode se matérialise pour être présentée à la Brasil Eco Fashion Week, la plus grande semaine de la mode durable d'Amérique latine.
Quiconque achète une de nos pièces ne trouvera jamais une autre personne portant la même. Et cela définit notre style : l'exclusivité avec une dimension de responsabilité socio-environnementale. En raison du caractère d'atelier de pièces uniques, nous pouvons dire que nous faisons du luxe avec des déchets.
Dans la construction collaborative que nous réalisons depuis ces cinq dernières années, nous agissons à l'intersection de deux cercles qui se contaminent positivement : l'un, la nature; l'autre, les personnes; deux biens non négociables dans la production de vêtements avec des matériaux recyclés. Nous défendons l'idée que c'est dans la zone d'intersection de ces deux cercles que se produit l'innovation, c'est-à-dire l'affection, impactant véritablement la vie de la nature et des personnes. Une action qui progresse lentement et qui, peu à peu, attire l'intérêt des consommateurs et des médias spécialisés, montrant que le changement dans la mode est possible. » @trama_afetiva



