Apprendre sur le tas de bois

Apprendre sur le tas de bois

par Carine Soyer

- Vous avez cofondé en 2007 un studio de création, conçu des images pour de grandes marques, recouvré votre indépendance en tant que photographe en 2021. C’est à ce moment-là que vous commencez à exposer vos sculptures et installations. Les deux approches étaient-elles difficilement conciliables auparavant (pour une raison de temps, de maturation de votre projet artistique…) ?

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Il y a effectivement une coïncidence temporelle qui me saute aux yeux quand vous la soulignez, mais j’ai toujours construit les éléments des sets que j’allais ensuite photographier au sein du studio, parce que j’aime ça, tout d’abord, et aussi parce que c’est un peu devenu notre patte, notre signature.

À partir de 2013, quand est né mon premier enfant, j’ai commencé à vouloir réaliser des choses plus personnelles, moins liées au collectif.

L’idée de fonder une famille avait changé la donne pour moi, dans mon rapport à cette entité créée à la sortie de l’école, où les individualités s’effaçaient.

J’ai alors eu besoin de reprendre la main sur mon travail, et je réalisais mes pièces le soir chez moi, le week-end, dans la cave, le garage, en dehors de la structure professionnelle, sans avoir assez de place ni de temps… J’ai avancé ainsi pendant six ou sept ans, dans l’ombre, en finançant seul mes projets, sans réseau constitué, en commençant à envoyer des dossiers.

À un moment, il a fallu que je parte du studio, pour pouvoir développer cette production, mieux l’investir et commencer à la rendre visible.

Ça n’a pu se faire qu’en redevenant photographe indépendant.

- Le désir de vous exprimer autrement est donc présent depuis longtemps ?

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J’ai toujours eu besoin de passer par le geste, le faire, le volume, la satisfaction manuelle de l’objet fini, pour exprimer une idée ou un état d’esprit.

Je crois que ça tient aussi d’un acte de résilience.

J’ai eu une bouffée délirante à 18 ans, et si j’ai eu la chance d’être suivi, soigné et de m’en sortir, ma pratique parle beaucoup de la compréhension de l’autre, de la possibilité d’un échange, de ce qu’on perçoit, reçoit, chacun avec son vécu et sa différence.

- Comment vous présentez-vous, d’ailleurs ? Photographe professionnel, artiste sculpteur autodidacte, les deux à la fois ? Comment est reçue votre identité multiple ?** Cette dualité est présente dans mon travail, avec, par exemple, la tête de Janus qui revient : ce double visage, l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir.

Mon but ultime, c’est de sortir de cette séparation mais, pour le moment, je me présente selon les interlocuteurs, et quand j’évoque ma pratique sculpturale, l’accueil est plutôt favorable dans le milieu de la photo et avec les clients, car c’est un plus valorisé dans ce sens-là.

- Quel lien faites-vous entre vos deux pratiques, si vous en faites un ?

Dans ma to do list de l’année à venir, j’aimerais associer de plus en plus photographie et volume dans mes pièces.

Réunir les deux, ce serait aussi sortir de la séparation.

J’ai commencé, mais je voudrais retrouver ce plaisir personnel à faire de la photographie dans mes propres projets – même si le plaisir continue d’être là aussi quand je conçois des photographies pour des clients.

Depuis un an et demi, je redéveloppe mon écriture avec plus d’argentique aussi, et j’ai refait mon book.

- Le sapin massif revient dans vos sculptures, pourquoi ce matériau ?

Tout ce qui est de l’ordre du bois est assez intuitif pour moi, parce qu’on obtient un résultat direct, on est en prise avec la matière, il n’y a pas d’étape de cuisson ou de soudure à maîtriser, et on peut, avec une scie sauteuse, une tronçonneuse ou un couteau, arriver à quelque chose tout en ayant peu de technique.

C’est un réflexe d’autodidacte, car j’ai appris tout seul et je le fais à ma manière.

C’est aussi ce que m’autorise une pratique libre: ne rien me refuser !

(link: https://studiovalentinabad.com/ text: studiovalentinabad.com)

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