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par Henri Guette

Difficile de croire que dans la petite ville de Sars-Poteries se trouvait jusqu’en 1937 un grand site de production verrier. Les traces sont là, du Musée du verre – le MusVerre –, aux épis de faîtage qui surmontent les maisons, mais la mémoire est double. Il y a la fierté parmi les 15 000 habitants à évoquer cette histoire de la gobeleterie, cet héritage régional industriel, mais surtout à inventorier les techniques développées sur le temps libre des ouvriers. « Dans le Nord, on identifie plusieurs fabriques, dont celle de Trélon, spécialisées dans le flaconnage pour la pharmacie et les parfums », explique Anne Vanlatum, directrice artistique du MusVerre, « mais ce ne sont pas les objets sortis de la chaîne que l’on montre ». Plutôt les bousillés, donc. Les directeurs avaient donné aux verriers l’autorisation d’utiliser les matériaux et outils en fin de journée pour leur propre usage, verriers qui se sont alors autorisé des créations plus audacieuses et personnelles. Le terme de « bousillés », autant dire le rebut, ce qui est « foutu », ne témoigne pas d’un enthousiasme fulgurant des propriétaires de fabriques mais ceux-ci, voyant l’occasion pour leur main-d’œuvre de s’exercer et de s’occuper utilement, leur accordent volontiers ce privilège.

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#Douce revanche

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Avec l’interdiction de faire du commerce par eux-mêmes, les verriers commencent par répondre à des besoins domestiques : ils façonnent leurs propres verres, coupes de fruits et plats, des lampes à pétrole, des billes ou des sujets pour les enfants. Ils inventent des objets et cherchent à faire plaisir à leur entourage; beaucoup de pièces sont commémoratives, célèbrent un mariage ou un anniversaire, voire un départ à la retraite. Également connue outre-Manche sous le terme « end-of-the-day glass », cette création ouvrière va au-delà des souvenirs familiaux. En France, par exemple, en utilisant des restes de couleurs et de pigments, les verriers imaginent des objets uniques, comme les « encriers-revanche » qui n’ont d’encriers que le nom et l’apparence. Dans des verres semblables à ceux qu’ils confectionnent, ils disposent une encre qu’ils recouvrent ensuite d’un globe, comme le trophée symbolique du manuel sur l’intellectuel, du décoratif sur l’utilitaire.

Le MusVerre de Sars-Poteries fête cette année ses cinquante ans et demeure le seul à mettre en valeur ces savoir-faire et cette histoire méconnue. Fondée à l’origine par Louis Mériaux, curé du village, cette collection s’est enrichie au fil des années de dons de particuliers et a su fédérer la ville entière autour des arts du verre. Chaque année, elle accueille ainsi des artistes en résidence et l’atelier du verre réédite des épis de faîtage pour garder la tradition vivante. Les amis du musée, quant à eux, par la biennale du verre qu’ils organisent, perpétuent la mémoire des verriers. Loin d’être anecdotiques, les bousillés nous incitent à voir un intérêt patrimonial dans la création amateure, ils valorisent un cadre ouvrier et participent à juste titre d’une fierté locale.

https://musverre.lenord.fr/fr/Accueil.aspx

Exposition 50 ans au Musée, une histoire singulière, jusqu’au 12 janvier 2020

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