Chutes libres

Chutes libres

par Jade Jollivet

« Je les appelle les jeans activistes », déclare Maroussia Rebecq. Passionnée par le vêtement mais jamais acquise au système de la mode, celle qui fonda son « surmoi masqué au poing levé » nommé Andrea Crews en 2002, avec l’idée novatrice de récupérer des vêtements de seconde main pour les refaçonner en pièces uniques, évoque ainsi ce nouveau projet qui lui tient à cœur. Car elle a récemment jeté son dévolu sur le jean, amusée par la créativité qu’il peut inspirer, galvanisée par ce potentiel support d’expression. L’idée de lui insuffler un esprit libertaire a fait son chemin et ce workshop créatif inédit a pris forme, dédié à la transmission festive et décomplexée de savoir-faire. Couture, pochoir, sérigraphie…

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Sur le sol du Consulat[^1. « Tiers-lieu » culturel, à la fois espace d’exposition, de concert, de production, d’échange, de travail, et restaurant, basé à Paris, et à l’adresse itinérante, selon les lieux disponibles.] à Paris où se déroule l’expérience, et comme tirés de la malle d’une Peau d’Âne contemporaine, les jeans dénichés dans une recyclerie ou provenant d’anciennes collections s’empilent puis s’étalent, de l’azur au cobalt, de l’indigo au marine, devant les participants. Pour seul fil conducteur et source d’inspiration, le manifeste du collectif, inscrit, entre autres, sur le mur : « Fashion – Art – Activism ». À partir de cette matière première, indépendamment ou ensemble, ils cherchent, coupent, collent, déchirent, assemblent, cousent et décousent, trempent, teignent, peignent, désaxent, bombent, retournent, déstructurent puis recomposent, tel un cadavre exquis, dans une dynamique spontanée et audacieuse. Peut-être préparent-ils des banderoles, des affiches, bientôt un mouvement pour la libération du style et des idées.

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Sur ces pièces unisexes se déploient alors une infinité de couleurs, visages et motifs sérigraphiés, comme celui de la femme politique Christiane Taubira ou ceux de corps célestes sur lesquels s’apposent des mots, du slogan défricheur « Upcycle Yourself » au vœu utopique. Avec, toujours, l’idée de s’inventer et se réinventer grâce au vêtement. Le jean, cette pièce populaire à l’ampleur sociologique et à l’épaisseur historique, se (re)charge alors de sens, devient représentation des revendications actuelles, objet témoin de son temps. Cette performance d’expérimentation collective replace également le vêtement au cœur du processus artistique, cher à Maroussia : le denim est redevenu toile, prétexte d’expression, intention de l’artiste. Il est à la fois médium et œuvre en lui-même, tel un ready-made devenu ready-to-wear.

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